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Chuter, se relever encore et encore

Hurt
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A partir du moment où j’ai accepté que j’étais malade, j’ai compris l’importance de me soigner et me faire accompagner. Par contre, je n’avais pas imaginé à quel point le chemin serait fait de chutes et rechutes.

Les médicaments

Ma hantise est de développer une dépendance aux médicaments. Je ne souhaite pas que mon bien être dépende d’un comprimé. Là dessus j’ai eu une évolution car j’étais beaucoup trop bas et on a su m’expliquer leur intérêt et la stratégie qu’on allait viser. J’ai la chance d’avoir trouvé une psychiatre qui prend le temps de m’expliquer la démarche de soin avec le bon niveau de vulgarisation. Puis il a fallu trouver le bon dosage, celui qui me correspond. On a commencé par le dosage le plus faible qui n’a rien fait. Puis on a augmenté, toujours pas mieux. Alors on augmente encore en ayant en tête que ce n’est peut être pas la bonne molécule pour moi donc un changement ne serait pas à exclure. Je vis chaque début de prise avec l’espoir d’un pas supplémentaire vers la guérison. Puis à chaque dose augmentée, c’est comme si on me disait “t’es sacrément abimé donc il faut y aller encore plus fort pour te réparer” et c’est vécu comme un pas en arrière sur un chemin que je viens à peine d’emprunter.

Le sommeil

J’ai déjà extrêmement bien dormi, je m’en rappelle très bien. Aujourd’hui je repense à cette époque avec nostalgie comme si ça ne pouvait plus m’arriver. Puis un jour elle arrive, la nuit où je dors comme il faut les 8 heures d’affilées dont j’ai besoin. Je me réveille avec l’espoir que ça y est, mon sommeil va revenir, que ces nombreux mois à dormir par petit bouts ne sont bientôt qu’un souvenir. Puis vient la nuit suivante et le sommeil tarde à arriver. Je sens que ça recommence, ça m’angoisse, chaque pensée éloigne le sommeil, je réactive la boucle et je rechute.

La concentration

Le travail que je fais actuellement avec la psychologue je le vois comme de la rééducation. Avant de pouvoir réapprendre à courir, je dois réapprendre à me lever, puis à poser un pas devant l’autre, etc. Là j’en suis à réapprendre à focaliser mon attention de manière active. Donc éviter la TV et les podcasts mais privilégier la lecture et l’écriture. Ce blog est d’ailleurs une manière pour moi de travailler ma capacité à structurer ma pensée et la coucher par écrit. Avant le diagnostic j’avais un blocage, c’était devenu impossible pour moi de travailler, lire ou écrire. Depuis la “rééducation” j’ai réussi à lire et j’ai réussi à écrire régulièrement sur le blog. Chacune de ces victoire me donne l’espoir que chaque jour qui suit sera meilleur. Puis il y a un jour où tout est dur, mon corps est lourd, me voir ne rien faire me fait culpabiliser.

La bonne journée, la seule

Il y a eu ce jour où je me suis réveillé avec une sensation de bien être. Je n’ai rien fait de particulier pourtant, mais j’étais bien. Et cette sensation est restée tout au long de la journée. Tout allait bien, j’appréciais chaque moment de la journée puis de la soirée. Je me suis dit qu’enfin j’étais guéri. Quand on vit des mois de mauvaises journées, une seule journée normale est vécue comme un moment incroyable. Puis le lendemain cette sensation s’est évaporée et elle n’est pas revenue les jours suivants. Il y a eu des mauvaises journées et des petits instants bien trop courts qui ressemblent plus à des mirages. Alors je vis dans la nostalgie de cette journée et me demande ce que j’ai bien pu faire pour qu’elle décide de s’en aller.

Le progrès n’est pas linéaire

La différence aujourd’hui est que je comprends que la maladie n’a pas d’interrupteur et que ça ne se règle pas en appuyant sur un bouton. Je le comprends et j’ai fait un bout de chemin pour l’accepter. Mon impatience est toujours là mais j’arrive à contrebalancer les rechutes avec des interprétations plus positives. Oui je n’ai vécu qu’une seule bonne journée il y a quelques jours, mais cette journée a le mérite d’exister alors que ça faisait des mois que je sombrais. Oui je n’ai lu qu’un roman et je n’arrive pas à me plonger dans mes lectures plus pointues techniquement, mais au moins j’ai lu, j’ai suivi une histoire page après page et j’en ai compris le sens. Oui le dosage des médicaments a été augmenté mais il ne montera pas indéfiniment et il faut prendre le temps pour trouver le traitement qui me convient vraiment. Oui je dors pas encore totalement bien mais j’ai récemment vécu une bonne nuit que je dois réussir à interpréter comme un signe d’amélioration. Je chute, certes, mais je me relève. Et je ne suis pas seul.

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