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L’effondrement

Hurt
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Le diagnostic est tombé, je suis officiellement malade : épisode dépressif sévère. Comment est-ce que j’en suis arrivé là ? C’est un effondrement de différents éléments de ma vie.

Il y a quelques temps, j’ai rejoint un job où très vite je constate des éléments problématiques, notamment de grosses tensions dans les équipes. Les choses s'aggravent rapidement pour moi quand je subis ce que je vis comme une première agression où plusieurs personnes s’en prennent directement à moi. J’estime alors que les choses sont suffisamment inacceptables et j’annonce que je souhaite quitter l’entreprise. On tente alors de me convaincre que c’est un malentendu, que ce n’est absolument pas représentatif de leurs habitudes et que les hurlements dont j’ai été la cible ne se reproduiront plus. Après de nombreuses discussions, je me dis alors que c’est peut-être vrai et que ce serait dommage de terminer là-dessus. Quelque temps plus tard, j’apprendrai que j’ai fait une erreur.

Je décide donc de rester malgré un contexte tendu et des tensions récurrentes que, malgré moi, je finis par normaliser. Une tension latente avec un collègue qui n’accepte pas ma présence pour des raisons obscures, une collègue qui n’hésite pas lors d’une réunion à qualifier le travail de mon équipe en utilisant des termes insultants et, quand je lui dis que ce n’est pas une façon d’interagir, elle s’indigne de ne pas pouvoir nous parler de la sorte, etc. Là encore, c’est une nouvelle erreur d’avoir normalisé un contexte aussi nocif.

En parallèle, la vie prend le dessus. Dans personnes très proches doivent vivre un événement tragique et un deuil à traverser. Quelques mois plus tard, mes parents subissent des agressions dans leur quartier. Je les accompagne déposer plainte à la police, qui me dit qu’ils n’interviendront pas malgré les nombreuses preuves. Je me retrouve donc à devoir gérer la situation par moi-même. Pour couronner le tout, je me retrouve également dans une situation tendue avec des artisans que j’avais sollicité pour des travaux qui ne se passent pas comme convenu ce qui me rajoute une source d’anxiété.

Au boulot, les tensions s’accentuent et je subis ce qui me semble être une énième agression que j’ai du mal à accepter. Avec l’accumulation des tensions dans ma vie perso combinée aux tracas du quotidien qui s'accumulent, je sens que les choses deviennent compliquées à gérer, je me mets donc au 4/5e. Dans les entreprises, ils aiment parler de bienveillance et du fait qu’il est important de parler quand il y a un problème. Quand je parle de cet événement, j’ai l’impression qu’on me répond quelque chose comme : « Je n’étais pas là quand c’est arrivé, donc pour moi ça n’existe pas. » Quand je parle à une autre personne de l’accumulation des problèmes personnels et notamment du deuil, j’ai l’impression qu’on me répond quelque chose comme : « Ok, désolée, mais tu as mal organisé ton 4/5e. » . J’ai le sentiment d’avoir été totalement déshumanisé et que ce que j’ai vécu a été légitimé, j’ai l'impression que le droit d’accompagner dans le deuil m’a été retiré. Pour moi, c’est trop et j’annonce mon départ.

Pensant que les choses pouvaient se calmer, je vis le préavis de départ le plus déshumanisant possible. Un collègue décide de totalement m’invisibiliser et il ne s’en cache même pas : du jour au lendemain, plus aucun mot, plus aucune réponse au moindre message. D’autres collègues répondent de manière épisodique. J’ai l’impression d’être devenu lle lâche qui abandonne parce que je refuse d’encaisser. Une autre ne parle que de la souffrance que lui cause ma décision et je me retrouve à soulager ses larmes alors qu’elle sait parfaitement les raisons de mon départ. Lors de mon dernier jour, j’ai l’impression d’entendre quelque chose comme : « Désolé pour ces attitudes, mais demande-toi ce que tu as en toi qui fait qu’on s’en prenne autant à toi. » Voilà, c’est sur ces termes qu’une longue collaboration se termine.

À ce moment-là, j'ai encore de l’énergie (oups, nouvelle erreur). Je suis plutôt sûr de la qualité du travail qui a été fourni et je décide de toquer à la porte de géants de la tech, ces boîtes avec un haut niveau d’exigence, mais je m’accorde enfin le droit de les contacter. Bonne nouvelle, je ne suis pas seulement sélectionné par un géant de la tech, mais trois ! Leurs critères de sélection sont hyper exigeants (bon, on pourra parler de l’utilité de faire autant de rounds d’entretiens, mais passons), alors je me prépare sérieusement et y trouve une énorme source de motivation, notamment parce que parmi ces entreprises, il y en a une qui me fait particulièrement rêver.

Au moment où je passe ces rounds la vie reprend ses droits et, malheureusement, pas de la meilleure des manières. Lors de son retour de vacances, mon père tombe gravement malade et doit être hospitalisé. J’essaye de me convaincre que ce sont des aléas de la vie (erreur) et j’arrive à avancer dans mes entretiens en parallèle. Un process s’arrête de lui-même car le poste est finalement annulé.

Alors que je continue à préparer les autres entretiens, c’est au tour de ma mère de tomber malade et de devoir être hospitalisée. Je me rappelle être en train de réviser mes entretiens du lendemain seul sur le parking des urgences en mangeant des frites froides du seul MacDo ouvert au milieu de la nuit.

Le lendemain, je rate les entretiens d’une des boîtes. Les jours suivants, je passe les rounds finaux du dernier géant de la tech, celui qui m’a tant fait rêver. Ils me font voyager pour les rencontrer, j’y donne mes dernières forces, nous sommes deux finalistes pour un seul fauteuil. Je puise dans mes réserves, ce ne sera pas assez, retour à la case départ.

Fort heureusement, la santé de mes parents s’améliore, mais quelques jours plus tard, c’est à mon tour de ressentir une énorme fatigue qui ne passe pas avec le temps et malgré des vacances en famille. Chaque geste est lourd à faire, toute prise de décision m’est difficile, pour moi c’est de la fatigue et elle passera avec le temps. Sauf que les jours passent et ça ne s’améliore pas, voire ça empire. Chaque tâche du quotidien devient une montagne que je n’arrive pas à franchir. Je pense que je relâche juste la pression, j’apprendrai plus tard que je suis malade : je traverse un épisode dépressif sévère.

Je vais essayer de documenter ici mon combat face à cette maladie, tout d’abord pour moi et mon moi du futur, puis pour toute personne à qui ce témoignage pourrait être utile. Et pour nommer l’éléphant de la pièce : oui, cette maladie peut avoir une issue tragique. Je ferai le maximum pour que cela n’arrive pas, ce blog est ma façon de m’accrocher. Je me bats, vous en êtes témoins.

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