Remettre le cerveau au travail
Mon cerveau ne veut plus que je travaille. Terminé les heures passées à me former, faire de la veille, prototyper, préparer des présentations, aller aux meetups et conférences. M’occuper de ma société, me projeter, démarcher des clients, leur rendre service et les quitter avec le sentiment du devoir accompli. J’avais construit mon identité autour de ma profession. J’ai répété à qui voulait l’entendre que j’ai de la chance de faire un métier qui me plait, j’en étais convaincu. C’est ce même métier qui a participé à ma chute, et c’est un des piliers parmi d’autres que je dois reconstruire.
L’incompréhension
Il y a quelques mois je ne comprenais pas ce qui arrivait. J’étais incapable de me poser à mon bureau. Chaque fois que j’essayais, un torrent de pensées intrusives m’envahissait. J’étais incapable de me concentrer. Chaque ligne de code, chaque framework auquel je m’intéressais finissait par provoquer une colère, une démotivation, une tristesse. Je me voyais ne pas réussir à travailler et ça alimentait mon anxiété. Comment est-ce possible de ne plus être capable de faire ce qu’on a tant aimé ? Est-ce que je me suis menti à moi même pendant toutes ces années ? Il parait que le plus dur n’est pas la chute mais l’atterrissage. En vérité, la chute aussi est flippante. Le cerveau ne fonctionne plus comme avant, mes pensées sont comme un scroll infini de réels insta : une série de scènes courtes sans aucun lien entre elles et dans lesquelles je peux m’engouffrer pendant des heures sans m’en rendre compte.
La prise de conscience
Maintenant que je comprends un peu mieux ce que j’ai, j’ai compris qu’il fallait faire des ajustements. Ne rien changer c’est prendre le risque de rechuter (mêmes causes = mêmes effets). C’est comme une rééducation après une fracture : d’abord apprendre à me relever, puis à faire quelques pas, puis marcher, courir et un jour je serai (je l’espère) apte à la compétition. Je sais aussi que le progrès n’est pas linéaire et qu’il est possible que je ne puisse pas retrouver mon niveau d’avant. Mais le seul moyen de le savoir est d’emprunter le chemin de cette rééducation, alors j’y vais.
Découper en petits pas
Ce qui m’aide dans ma reconstruction c’est le fait d’avoir baigné dans les principes agiles notamment le fait de découper les tâches en petits pas, de fonctionner par itération courtes et régulières, tirer des enseignements afin de mieux fonctionner l’itération suivante. C’est quelque chose que j’ai eu du mal à appliquer quand j’étais au plus bas, j’avais du mal à accepter que ma victoire du jour était d’avoir descendu les poubelles et rien d’autre. J’avais un jugement sévère sur moi-même, je me disais “regarde la gueule de tes victoire désormais, comment peux-tu être fier de ça ?”. Sauf que c’est la maladie qui me fait penser comme ça. Des changements biologiques dans le cerveau laissent plus facilement la place aux pensées négatives. Je ne me risquerai pas à les détailler car je ne suis pas médecin mais c’est assez fascinant je trouve.
Le plan (qui va sûrement changer)
J’essaye donc de découper mon progrès en petites tâches et ne pas attendre d’avoir envie pour faire des choses. Un de mes objectifs est de mieux me reconnecter au monde professionnel.
- Me réhabituer à lire et écrire : l’objectif est de travailler mes capacités de concentration et de synthèse. Pour la lecture, je vais me poser dans un café avec un bouquin et je lis autant que je peux. Pour l’instant ce sont des romans, les bouquins pro sont pour le moment mis de côté. Pour l’écriture, c’est ce blog où je me suis fixé d’écrire régulièrement sans objectif prédéfini.
- Me réinstaller sur mon bureau : c’était impossible à faire car ça me rappelait systématiquement de mauvais souvenirs. J’ai donc décidé de réaménager mon bureau, revoir mon setup. Pas de grande révolution mais des changements par petits pas. Le bureau n’est plus installé au même endroit, un nouvel écran (depuis le temps que j’y pense), quelques petites touches déco afin de rendre l’endroit de nouveau accueillant et qu’il ne soit plus associé au passé. Ça a l’air de fonctionner un peu : l’écriture de ce blog se fait désormais sur mon bureau plutôt que l’ordi sur mes genoux affalé sur le canapé. L’IDE n’est plus qu’à quelques clics de moi.
- les petits pas pro : j’ai identifié quelques technos qui me font envie comme Ray et Daft. A l’heure où j’écris la marche me semble encore un peu haute pour m’y attaquer donc je dois trouver les petits pas qui m’y amèneront. Pourquoi pas commencer par écrire un article tech, puis un jour une courte présentation (dans un meetup ?) avec en ligne de mire soumettre à un CFP. Peut-être qu’apprendre Rust tranquillement à la cool sans enjeu pourrait m’occuper aussi, tout comme me familiariser avec l’écosystème IA (bien que ce soit assez changeant et difficile à suivre).
J’ai bien conscience que ce plan ressemble plus à un rêve dans ma situation actuelle. Mais au moins pendant un court instant je me suis autorisé à rêver, et ça c’est aussi une victoire en soi et face à la maladie toute victoire est bonne à prendre.
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