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Reconnecter avec des humains

Hurt
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La solitude abime

La dépression provoque l’isolement. A moins que ce soit l’isolement qui provoque la dépression, à force je ne sais plus trop. Quand cette maladie a gagné du terrain chez moi j’avais de moins en moins envie de voir des gens. Je n’en avais pas la force et je ne voulais pas me montrer dans cet état. Plus je m’isolais, plus je me sentais seul et plus ma dépression occupait de l’espace. Il y a eu certes une série d’évènements dans le temps qui ont précipité ma chute mais avec le temps une partie de ce que je vivais était auto-alimenté par mon incapacité à me mettre en mouvement. Et à cela s’ajoutait la culpabilité d’en être arrivé à ça, à être devenu un être incapable de bouger au point de générer de l’inquiétude chez les autres. Une inquiétude que j’alimentais car je n’avais pas la force de croiser leurs regards.

Cette situation a duré des mois et a été ressentie comme une éternité. Je pouvais passer des jours sans parler à personne. Au plus bas je pouvais rester des jours sans sortir de chez moi, seul l’écho d’un frigo vide me faisait sortir quelques minutes le temps de refaire des réserves et repartir sur un cycle. Je croisais des humains mais on ne se parlait pas. Ma plus longue conversation était de dire que je n’avais pas la carte du magasin au supermarché.

Revoir des humains

Quand j’ai commencé a m’entourer pour me soigner il a fallu réfléchir à une stratégie pour casser l’isolement. Comment faire des choses quand on a envie de rien ? Pour ma part j’ai repris les activités que j’aimais auparavant. Me poser dans un café, lire un paragraphe ici et là, aller à la salle, sortir me balader, manger à l’extérieur. Au début je faisais tout ça seul, j’avais l’impression d’être une ombre au milieu de gens éclairés. Mais au moins je croisais des gens, je les observais, je voyais de la vie autrement quand sur un écran.

Puis j’ai conscientisé que je restais malgré tout seul et que cela pouvait ralentir mon progrès. Alors j’y suis allé progressivement, d’abord avec un peu de “small talk”. Le small talk, ce sont ces petites paroles pour parler de tout et de rien. Quand je commandais mon café, je parlais de la météo, du t-shirt rigolo du barista, demandais des conseils sur les cookies du jour (alors que je savais déjà lequel prendre). Des interactions de quelques minutes qui étaient déjà beaucoup plus longues que tout ce que j’avais connu pendant des mois. J’ai combattu ma peur du rejet, du jugement, de déranger. J’ai commencé petit à petit à revoir les sourires des autres et c’est bien mieux que de marcher en regardant ses chaussures.

Le small talk était un petit pas, une petite victoire, mais petit à petit j’ai commencé à réfléchir à l’étape suivante. Au hasard d’une balade je tombe sur une affiche proposant des cours de théâtre avec un cours d’essai. Je n’ai jamais fait de théâtre et je n’ai jamais envisagé d’en faire de ma vie. J’en ai parlé à mon entourage qui m’a soutenu et empêché de basculer du mauvais côté quand j’avais envie de faire marche arrière. Et finalement c’est arrivé, j’ai fait le tout premier cours de théâtre de ma vie entouré d’inconnus pendant 2 heures. Et j’ai survécu.

Je n’ai pas eu d’énorme révélation artistique, de coup de cœur pour la discipline (après tout je n’ai fait qu’un seul cours). Ma victoire est ailleurs : c’est de m’être retrouvé en train de jouer avec d’autres, d’accepter d’être vu, accepter que j’existe et que peut être j’ai encore un peu un rôle un jouer dans cette vie.

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